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Photographies de l'exposition Supernature !

centre d'art Vent des Forêts, commissariat Béatrice Josse, 2025

Photos Raphaël Rodrigues

Quand la lune nourrissait le temps avec du lait

installation. Aquarelle sur papier 300g, 141 x 200 cm et ensemble de céramiques émaillées, fleurs séchées

2025

 

 

L’ensemble d’œuvres (aquarelle et céramiques) Quand la lune nourrissait le temps avec du lait s’inscrit dans une perspective holistique dans laquelle humain et humus, réunis par leur étymologie commune renvoyant à la terre, s’inscrivent dans un même cycle. Elle emprunte son titre à l’abbesse Hildegarde de Binge dans son codex illustré Liber divinorum operum (vers 1230), qui lie phénomènes cosmogoniques et physiologiques en pensant l’être humain dans son rapport au cosmos, ce que l’historien médiéviste Jean-Claude Schmitt présente comme une cosmo-anthropologie totale[1].  

Ces relations entre le corps humain et le cosmos sont au fondement de la conception médiévale de la médecine, où vision, art et soin ne font qu’un. A la fois artiste et visionnaire, son iconographie met en scène « les mouvements de la nature commandés par les astres, plus précisément les sept planètes connues (parmi lesquelles sont comptés le soleil et la lune) et avant tout par le cycle de la lune, qui est la planète la plus proche de la terre, donc la plus influente. Hildegarde la nomme « mater omnium temporum » (la mère de tous les temps), dont dépendent en effet pour leur croissance, leur vie et leur mort, les plantes, les animaux, les hommes, sans parler d’autres phénomènes naturels comme les marées »[2] ou encore les cycles de la procréation qui la conduisent à créer cette métaphore du lait maternel.

 

Un lien sentimental et sensible se tisse ici entre ces représentations cosmo-anthropologiques et spirituelles médiévales, que nous retrouvons sous d’autres formes chez Guillaume de Conche notamment, et le concept contemporain de One Health, « une approche intégrée et fédératrice qui vise à équilibrer et optimiser durablement la santé des personnes, des animaux et des écosystèmes »[3], connectant l’être humain à l’environnement dans une perspective interrelationnelle. Cette interconnexion invite à une éthique de la reconnaissance mutuelle, où chaque entité, qu’elle soit humaine, animale, végétale (…) est perçue non seulement comme interdépendante, mais également comme digne de gratitude pour sa participation aux cycles de la vie.

 

L’imagerie médiévale associée à celle, actuelle, des sciences du vivant et de la mycologie notamment, via les ramifications fertiles du mycélium, nourrit cet ensemble d’œuvres, constituée d’une grande aquarelle et de céramiques évoquant des ex-votos.

 

À l’heure des ambitions spatiales, ces Terres amoureuses sont une déclaration d’amour à la Terre et à la vie, une invitation à ressentir leur mystère et le cosmos en nous.

 

 

 

 

 

 

[1] « Quand la lune nourrissait le temps avec du lait. Le temps du cosmos et des images chez Hildegarde de Bingen (1098-1179) », Traditions et temporalités des images, 7, Editions de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, p. 73-87, Fig. 33-36., 2009, coll. L'histoire et ses représentations.

[2] Ibid.

[3] Définition proposée par le groupe « Une seule santé », qui réunit des experts de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et de l'Organisation mondiale de la santé animale (OMSA), https://www.anses.fr/fr/content/one-health-une-seule-sante-pour-les-etres-vivants-et-les-ecosystemes, consulté le 7/06/2025

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